
Extraits du journal sénégalais "Le Quotidien" |
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Extraits du journal sénégalais "Le Quotidien"
GUINEE - Semblant de calme : Etat de siège et balles perdues
Rien ne va en Guinée. Dirigée depuis 1984 par un général Conté qui a étouffé toute expression démocratique, et transformée en patrimoine personnel, la Guinée est devenue une véritable poudrière où la moindre étincelle peut produire des flammes. Mieux, elle est en train d’être transformée par un régime démoniaque, qui assassine à tour de bras, en un véritable camp de concentration. En atteste le décret signé par Lansana Conté, mourant, qui instaure l’état de siège, qui autorise les exactions contre des citoyens, et dont l’objectif est d’empêcher les manifestations de rue qui appellent au départ pur et simple du président-tyran. Plus de 100 guinéens ont été tués depuis le déclenchement de ces manifestations à l’initiative des syndicats, rejoints par les partis politiques et les intellectuels. La Guinée est entrée dans une spirale de violence meurtrière qui n’a d’égale que la soif de pouvoir de l’oligarchie militaro-civile au pouvoir à Conakry. Devant la détermination du peuple guinéen à lutter contre la corruption, les violations des droits et libertés des citoyens et la paupérisation généralisée de la population, le général Conté a décrété l’état de siège. Ce faisant, il donne à l’armée les moyens légaux de réprimer dans le sang les manifestants, et d’étouffer ainsi le mouvement démocratique. Au terme de ce décret, la circulation des personnes, des véhicules ou des biens sur l’ensemble du territoire national est interdite de 6h à 16h et de 20h à 6h du matin. Avant d’être assouplie, passant désormais de 18 heures à 6 heures du matin. Cortèges, défilés, rassemblements et manifestations sont interdits. L’armée dispose, ainsi, de pouvoirs élargis pour assurer le rôle de police. Les répressions, depuis le début du mouvement, ont causé la mort de plus de 100 personnes à Conakry, Kindia, Zérékoré…et des symboles du pouvoir incendiés ou saccagés. Des tirs sporadiques ont, par ailleurs, été entendus à Conakry après l’entrée en vigueur de l’état de siège. Trois personnes ont été tuées à la faveur de ce décret scélérat, apprend-on. Alors qu’un accord, pour la nomination d’un premier ministre doté de pouvoirs élargis, avait été trouvé, le général verse dans la provocation à travers la nomination d’Eugène Camara, un de ses fidèles lieutenants. Il était, pendant sept ans, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, ministre du plan jusqu’en janvier 2007, et ministre d’Etat aux Affaires présidentielles jusqu’au 9 février 2007. C’est cette nomination qui a rallumé le feu éteint le 27 janvier à la faveur des accords entre le pouvoir d’une part, les dirigeants syndicaux et de la société civile d’autre part. Les réactions de condamnation commencent à fuser Face à cette folie meurtrière légalisée par l’état de siège, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) condamne les violences et la répression meur-trière exercées par les forces de l’ordre à l’encontre des populations civiles, et appelle au respect des libertés publiques, notamment d’expression et de manifestation. Aussi, l’OIF trouve l’application de l’état de siège inappropriée pour une sortie de crise durable et enjoint, en conséquence, aux autorités de s’inscrire dans la dynamique de dialogue. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, s’est dit préoccupé, le Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Louise Harbour, a exigé le respect des droits humains par les autorités, Louis Michel, le commissaire européen au développement a menacé de geler les fonds destinés à la Guinée, la France a encouragé le processus de dialogue, en vue de trouver un consensus politique, tandis que les Etats Unis (qui achètent la bauxite guinéenne) ont commencé à évacuer leurs ressortissants. Les participants au sommet citoyen France-Afrique (le contre sommet à celui des chefs d’Etat) tenu à Paris ont, le 12 février dernier, demandé à la France d’intervenir auprès de l’Union européenne pour que des sanctions exemplaires soient prises contre le général Conté et ses partisans, et appellent les institutions africaines à sortir de leur torpeur. Un avertissement qui a toute sa place quand on sait que Conté a fait appel à des milices libériennes et bissau-guinéennes pour aider l’armée à réprimer les droits démocratiques des guinéens. De même, Reporters sans Frontières condamne la fermeture brutale par la garde présidentielle de la radio privée FM Liberté, l’arrestation de deux employés de la station et la mise à sac de ses locaux. La communauté internationale reste extraordinairement nonchalante face à la violence d'Etat en cours dans ce pays, ce qui risque de bouleverser la géopolitique régionale, dans cette zone du fleuve Mano, déjà en proie à une insécurité sans nom. Oumarou Keïta (avec H. Adamou)
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